07.02.2006

Egalité des chances et échec scolaire, rapport Hussenet Santana

La discussion « urgente » à l’Assemblée Nationale sur la loi sur « l’égalité des chances » et l’amendement du gouvernement concernant le contrat première embauche (CPE) joint au dernier moment, m’a amené à m’intéresser aux sources ayant alimentées ces réflexions. Le rapport n° 2825 déposé le 25 janvier 2006 par monsieur Laurent Hénart rapporteur, m’a amené à consulter le rapport n°2005-074 intitulé «Sorties sans qualification, Analyse des causes, des évolutions, des solutions pour y remédier», qui lui même utilise comme source le rapport du Haut Conseil de l’évaluation de l’école de André Hussenet et Philippe Santana intitulé «Le traitement de la grande difficulté scolaire au collège et à la fin de la scolarité obligatoire».

Ce qui est toujours étonnant dans ces lectures, c’est de baisser et lever la tête pour essayer de comprendre la liaison entre le contenu et les discours et mesures qui semblent en être directement des conséquences «inspirées».

Ce rapport apporte un éclairage instructif sur les jeunes qui peuplent les pages de ce blog. Les deux premiers paragraphes du chapitre 1 qui viennent juste après l’introduction de la première partie consacrée à «l’échec scolaire» sont déjà dans le vif du sujet.


Chapitre 1 : La genèse du phénomène

1.1. La situation scolaire depuis les lois fondamentales

1.1.1. La césure originelle : les limites de l’obligation scolaire

Les travaux socio-historiques ont montré que l’apparition de termes comme «enfance anormale» ou «débilité légère» ont coïncidé avec la promulgation de l’obligation scolaire. L’échec scolaire existe donc dès que la société souhaite se donner les moyens d’instruire l’ensemble d’une classe d’âge et une petite fraction d’écoliers estimés incapables de bénéficier de l’enseignement proposé est immédiatement considérée comme relevant d’autres types d’institution : c’est la préfiguration de ce que seront, à terme, nos institutions spécialisées. Néanmoins, l’analyse sociologique de ces populations a très vite permis de constater que ces «écoliers incapables» étaient massivement issus de familles très pauvres. Cette caractéristique demeure tout aussi présente aujourd’hui, malgré les politiques de discrimination positive. Ils étaient d’ailleurs caractérisés dans la littérature de l’époque dans les mêmes termes que les classes «dangereuses». Ce vocabulaire les situait en tout cas socialement à grande distance des médecins et pédagogues qui se penchaient sur leur sort.

1.1.2. L’impossible prise en charge
Phénomène moins souvent mis en relief, la population accueillie dans ce réseau spécialisé, très tôt créé, n’a jamais coïncidé avec la population scolaire issue des classes populaires. En effet, la quasi totalité des enfants issus des milieux populaires fréquentait à l’époque l’école primaire : parmi eux, la moitié (dans les années 30) obtenait le certificat d’étude. Les autres suivaient l’école plusieurs années puis la quittaient avant l’âge et souvent sans diplôme. Le paradoxe est que le sort de ces élèves n’intéressait personne, malgré l’obligation scolaire qui leur été faite. Ils n’étaient pas considérés comme relevant d’un enseignement adapté (comme débiles légers par exemple), ni d’aucun autre, mais tout simplement comme n’ayant pas atteint (ou étant insusceptibles d’atteindre) un certain niveau de connaissances.Tout s’est donc passé comme si l’école, pourtant officiellement chargée de donner à tous les enfants un bagage minimum (le niveau de certificat d’études), s’était résignée à ne le donner qu’à une fraction des enfants d’ouvriers et de paysans. En fait, du moment qu’ils étaient alphabétisés, il n’y avait pas de scandale à les voir entrer dans le monde du travail. Ce phénomène demeure massif jusqu’au milieu du XXème siècle et manifeste l’efficacité seulement partielle de l’obligation scolaire.

Il faut noter pour conclure ce propos, que «l’école de Jules Ferry» n’a produit au maximum que 50% de titulaires du certificat d’études dans les années 30 et que l’idée d’échec scolaire lui était totalement étrangère.

 

Lien avec l'apprentissage accompagné
Nous retrouvons ici un problème qui reste entier, ces jeunes n’ont toujours pas été réellement pris en compte, ils sont des «frontaliers». Le curseur fixant la frontière entre pathologique et sain, entre handicap et ordinaire, entre responsable et irresponsable, fluctuant au gré des représentations des majorités et des législateurs.


Page ou l'on trouve le rapport à télécharger en pdf
http://cisad.adc.education.fr/hcee/publications-2004.html

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