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28.07.2005

Du lien d'accompagnement avec Paul Fustier

La rencontre et l’échange avec Paul Fustier, lors d’un forum organisé par le CCB à Rennes, m'a orienté vers son ouvrage, «Le lien d’accompagnement, entre don et contrat social». c'est une réflexion qui permet d'avoir une meilleur connaissance des présupposés interprétatifs de l’accompagné face à un accompagnant.
L’échange par le don
Paul Fustier se réfère à Marcel Mauss (Mauss et le don) pour rappeler que les sociétés à tradition orale dites primitives ont un fonctionnement de l’échange humain par le don fondamentalement différent de nos sociétés modernes où il a été construit sous la forme d’un contrat équilibré. Il note que l’échange par le don subsiste néanmoins dans certains secteurs de la vie sociale et il émet l’hypothèse suivante.
«Dans nombre de situations, la représentation que l’on a du système d’échange utilisé est brouillée : d’une part, le poids de la modernité entraînerait un échange équilibré, d’autre part les arrière-fonds encore vivaces (marqué par les religions) renverraient à un échange par le don.»

L’intérêt de la monstration de Paul Fustier est multiple, être vigilant et interrogatif face à ses représentations, ne pas ignorer l’origine confessionnelle de nombreuses institutions et des pratiques sociales, souligner les risques de violence que peut entraîner une relation d’accompagnement si la notion de don n’est pas prise en compte.
Exemple venant de mes observations : un patron d’une petite entreprise avait signé un contrat d’apprentissage avec un «jeune en difficulté» afin de «lui donner sa chance», l’équivalent du porter secours employé par Paul Fustier. Confronté à nombre de problèmes, il s’investit dans la relation d’aide, jusqu’au jour où il estime qu’il a assez donné et qu’il n’a pas de retour,
« Il ne comprend rien, il se moque de moi, après tout ce que j’ai fait pour lui … »

La rupture amiable du contrat est intervenue rapidement. L’apprenti n’a toujours pas réellement compris ce qui lui arrivait. Dans d’autres cas l’apprenti peut renforcer le trait de la difficulté voire provoquer des situations de crise car il ne sait pas comment il pourra s’acquitter de sa dette.
Le don créateur de lien social
Le don ne serait-il que négatif ? Non, il est créateur de lien social, Paul Fustier s’interroge sur la compatibilité entre lien social et productivité, en rappelant que le lien c’est du temps d’interstice, temps rapidement sacrifié sur l’hôtel productif. Il a un exemple convaincant pour illustrer son propos.

«On voit bien comment procède une « mamie » en quête de contacts : elle demande une baguette et son prix qu’elle connaît déjà ; elle donne un billet, déclare ensuite qu’elle a la monnaie ; la boulangère lui dit que cela importe peu ; « mais si, mais si réplique-t-elle, c’est bien normal » (elle ausculte son porte-monnaie). « Ne vous dérangez pas » ; reprend la boulangère. « C’est la moindre des choses, voilà les pièces. – Il ne fallait pas …»

Pour l’accompagnateur en milieu ordinaire, le problème ne sera pas d’aller plus vite et de refuser ce temps demandé mais de ne pas être rémunéré pour le faire. Nous nous retrouvons plongé dans le don ! Il y a travail hors contrat. Nous rencontrons également cette situation lorsque des personnes demandent plus du temps qu’une réponse pertinente et rapide (professionnelle), par exemple les parents.

Le don horizontal et l’énigme d’autrui

Paul FUSTIER par de nombreux exemples de situations souligne les dangers, du don qui entraîne l’interaction dans une spirale de contre-dons menant à des situations ne pouvant que se terminer en crise, et ceux du rapport marchand (le contrat) qui ne peut qu’aboutir à la négation du lien social. Après avoir exploré les deux versants de cette situation sans issue il aborde la question de l’énigme d’autrui, elle lui permet de fournir comme solution, pour cette relation horizontale, le fait pour le professionnel de ne pas donner, de rester dans le doute entre échange marchand et don, tout en fournissant suffisamment d’informations personnelles pour contrer l’imaginaire de l’accompagné.

Le don dans l’échange vertical
C’est l’échange inter-génération, tu me donnes et je transmettrai à mon tour, plus tard. Ici, il n’y a plus de contre-dons c’est le cas des parents avec leurs enfants mais aussi celui de l’adulte envers le plus jeune. Cette situation est sans doute un des fondements de «l’apprentissage», elle régule le lieu entre le maître d’apprentissage et l’apprenti mais aussi entre un accompagnateur qui prendrait cette posture vis-à-vis d’un accompagné.

Le don dans la relation de pairs
Autre situation où le don n’exige pas de contre-don, celle des personnes ayant vécu ou vivant le «même problème». Nous pourrions, par exemple, dans l’accompagnement des apprentis avoir des accompagnateurs, ayant été eux-mêmes accompagnés ou ayant eu des difficultés et des parcours similaires. Le don devient un acte de sauvegarde d’une communauté minoritaire, il n’impose pas d’échange.

Don, situation de handicap et «déficience»
Ce point ne doit pas être ignoré, une des causes de la situation de handicap peut être une difficulté de la gestion du rapport à l’autre, et Paul Fustier pense que cela peut provenir d’un dysfonctionnement de la gestion de l’échange par le don.
Cette réflexion n'est pas réservé aux professionnels de l'accompagnement, c'est du rapport à l'autre qu'il s'agit.

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