05.01.2006

Accompagnement sommaire

Afin de faciliter votre navigation sur ce blog en fonction de votre centre d'intérêt, je vous propose ce sommaire de la catégorie accompagnement qui est constitué de billets apportant un éclairage sur l'accompagnement de personnes en situation de handicap, notamment celui des apprentis accompagnés dans le cadre de leur contrat d'apprentissage.

Le sommaire vous indique le titre du billet et dispose d'un lien qui vous permet d'y accéder directement. Chaque billet dispose de liens "SOMMAIRE" permettant de revenir ici pour accéder rapidement à un autre billet vous intéressant.

SOMMAIRE

1 - Des exclus de l’école dérangent
2 – Accompagnement avec Jacques Ardoino
3 – Du lien d’accompagnement avec Paul Fustier
4 – Accompagnement vous avez dit accompagnement ?


Retour page d’accueil du blog

16.09.2005

Accompagnement, vous avez dit accompagnement ?

Une collègue «accompagnatrice» du dispositif apprentissage accompagné GRAFIC Bretagne m’a fait parvenir ce texte sur l'accompagnement, sujet d'actualité.

Constats
1 Au cours d'un forum récent organisé par la région bretagne sur la formation continue, l'un des quatre ateliers prévus traitait les questions suivantes: un «bon» formateur est-il un «bon» accompagnateur ? Ou encore «accompagnateur, un métier nouveau ?» L'accompagnement étant LA condition nécessaire pour réussir une formation.
2 Toutes les nouvelles mesures pour l'emploi apparues en cette année 2005 mettent l'accent sur la nécessité de l'accompagnement pour réussir une insertion professionnelle.

Question générale
Pourquoi l'accompagnement est-il à la mode en ce début de 21ème sciècle ?


Recherche de réponse

Est-ce que moi j'ai besoin d'un accompagnement dans ma vie professionnelle?
Malgré les nouvelles technologies, malgré le téléphone, il m'apparaît que les personnes les plus proches professionnellement parlant, celles dont j'ai besoin de connaître la réaction, celles à qui je vais demander un avis sur différents sujets plusieurs fois par semaine, celles aussi à qui je vais envoyer des mails réguliers, celles à qui je téléphone le plus souvent sont des personnes que je cotoie physiquement au moins une fois par semaine.
Les personnes que je connais et apprécie, mais que je ne vois pas, me sont beaucoup plus étrangères que des personnes avec lesquelles je n'ai pas d'affinité particulière mais qui partagent mes préoccupations professionnelles dans des rencontres régulières, formelles ou informelles, prévues ou non.
Ces contacts , initiés par une activité professionnelle et organisés dans le cadre professionnel, lieux et horaires de travail, mais informels dans le quotidien me sont indispensables.
Ce sont eux qui donnent du sens à mes actions , qui m'évitent un certain nombre d'erreurs, qui me suggèrent de nouvelles pistes ; les (r)enseignements reçus à chaque occasion me parviennent par plusieurs canaux: parole, regard, serrement de main, tenue vestimentaire, sourire ou grimace..., canaux inhérents à une présence physique.
En conséquence il semble bien que, sans le savoir, je bénéficie d'un accompagnement personnalisé dans ma vie professionnelle .

Pourquoi certaines personnes ne trouvent-elles pas cet accompagnement ?
Dans un contexte d'individualisation, de responsabilisation et d'autonomie du travailleur , contexte peut-être accentué par le développement des nouvelles technologies qui sont, à mon sens, un prétexte bien commode au repli sur soi ou à la diminution des coûts de structure,la solitude est le prix à payer pour diminuer le coût du travail.
Un demandeur d'emploi, quant à lui, se trouve avoir franchi un degré de plus sur cette échelle: il est isolé.

Peut-on décréter un accompagnement pour lutter contre le risque d'exclusion de la société ?
L'expérience de l'association Grafic Bretagne qui «accompagne» des apprentis en situation de handicap, est-elle transférable à d'autres publics ? Si oui, sur quelles spécificités ?

VG


28.07.2005

Du lien d'accompagnement avec Paul Fustier

La rencontre et l’échange avec Paul Fustier, lors d’un forum organisé par le CCB à Rennes, m'a orienté vers son ouvrage, «Le lien d’accompagnement, entre don et contrat social». c'est une réflexion qui permet d'avoir une meilleur connaissance des présupposés interprétatifs de l’accompagné face à un accompagnant.
L’échange par le don
Paul Fustier se réfère à Marcel Mauss (Mauss et le don) pour rappeler que les sociétés à tradition orale dites primitives ont un fonctionnement de l’échange humain par le don fondamentalement différent de nos sociétés modernes où il a été construit sous la forme d’un contrat équilibré. Il note que l’échange par le don subsiste néanmoins dans certains secteurs de la vie sociale et il émet l’hypothèse suivante.
«Dans nombre de situations, la représentation que l’on a du système d’échange utilisé est brouillée : d’une part, le poids de la modernité entraînerait un échange équilibré, d’autre part les arrière-fonds encore vivaces (marqué par les religions) renverraient à un échange par le don.»

L’intérêt de la monstration de Paul Fustier est multiple, être vigilant et interrogatif face à ses représentations, ne pas ignorer l’origine confessionnelle de nombreuses institutions et des pratiques sociales, souligner les risques de violence que peut entraîner une relation d’accompagnement si la notion de don n’est pas prise en compte.
Exemple venant de mes observations : un patron d’une petite entreprise avait signé un contrat d’apprentissage avec un «jeune en difficulté» afin de «lui donner sa chance», l’équivalent du porter secours employé par Paul Fustier. Confronté à nombre de problèmes, il s’investit dans la relation d’aide, jusqu’au jour où il estime qu’il a assez donné et qu’il n’a pas de retour,
« Il ne comprend rien, il se moque de moi, après tout ce que j’ai fait pour lui … »

La rupture amiable du contrat est intervenue rapidement. L’apprenti n’a toujours pas réellement compris ce qui lui arrivait. Dans d’autres cas l’apprenti peut renforcer le trait de la difficulté voire provoquer des situations de crise car il ne sait pas comment il pourra s’acquitter de sa dette.
Le don créateur de lien social
Le don ne serait-il que négatif ? Non, il est créateur de lien social, Paul Fustier s’interroge sur la compatibilité entre lien social et productivité, en rappelant que le lien c’est du temps d’interstice, temps rapidement sacrifié sur l’hôtel productif. Il a un exemple convaincant pour illustrer son propos.

«On voit bien comment procède une « mamie » en quête de contacts : elle demande une baguette et son prix qu’elle connaît déjà ; elle donne un billet, déclare ensuite qu’elle a la monnaie ; la boulangère lui dit que cela importe peu ; « mais si, mais si réplique-t-elle, c’est bien normal » (elle ausculte son porte-monnaie). « Ne vous dérangez pas » ; reprend la boulangère. « C’est la moindre des choses, voilà les pièces. – Il ne fallait pas …»

Pour l’accompagnateur en milieu ordinaire, le problème ne sera pas d’aller plus vite et de refuser ce temps demandé mais de ne pas être rémunéré pour le faire. Nous nous retrouvons plongé dans le don ! Il y a travail hors contrat. Nous rencontrons également cette situation lorsque des personnes demandent plus du temps qu’une réponse pertinente et rapide (professionnelle), par exemple les parents.

Le don horizontal et l’énigme d’autrui

Paul FUSTIER par de nombreux exemples de situations souligne les dangers, du don qui entraîne l’interaction dans une spirale de contre-dons menant à des situations ne pouvant que se terminer en crise, et ceux du rapport marchand (le contrat) qui ne peut qu’aboutir à la négation du lien social. Après avoir exploré les deux versants de cette situation sans issue il aborde la question de l’énigme d’autrui, elle lui permet de fournir comme solution, pour cette relation horizontale, le fait pour le professionnel de ne pas donner, de rester dans le doute entre échange marchand et don, tout en fournissant suffisamment d’informations personnelles pour contrer l’imaginaire de l’accompagné.

Le don dans l’échange vertical
C’est l’échange inter-génération, tu me donnes et je transmettrai à mon tour, plus tard. Ici, il n’y a plus de contre-dons c’est le cas des parents avec leurs enfants mais aussi celui de l’adulte envers le plus jeune. Cette situation est sans doute un des fondements de «l’apprentissage», elle régule le lieu entre le maître d’apprentissage et l’apprenti mais aussi entre un accompagnateur qui prendrait cette posture vis-à-vis d’un accompagné.

Le don dans la relation de pairs
Autre situation où le don n’exige pas de contre-don, celle des personnes ayant vécu ou vivant le «même problème». Nous pourrions, par exemple, dans l’accompagnement des apprentis avoir des accompagnateurs, ayant été eux-mêmes accompagnés ou ayant eu des difficultés et des parcours similaires. Le don devient un acte de sauvegarde d’une communauté minoritaire, il n’impose pas d’échange.

Don, situation de handicap et «déficience»
Ce point ne doit pas être ignoré, une des causes de la situation de handicap peut être une difficulté de la gestion du rapport à l’autre, et Paul Fustier pense que cela peut provenir d’un dysfonctionnement de la gestion de l’échange par le don.
Cette réflexion n'est pas réservé aux professionnels de l'accompagnement, c'est du rapport à l'autre qu'il s'agit.

09.07.2005

Accompagnement avec Jacques ARDOINO

Accompagnement, ce terme devenu omniprésent dans l’environnement social, impose une recherche de sens. Je reviendrais régulièrement sur cette notion et pour commencer je recommande un éditorial de Jacques ARDOINO


Une notion plutôt qu’un concept

Jacques ARDOINO définit le terme accompagnement, comme une notion plutôt qu’un concept dont la palette des emplois accolés est de plus en plus vaste. Il se cantonne volontairement aux champs et domaines des pratiques sociales et des sciences qui ambitionnent d'en rendre compte.


Des accompagnateurs, le plus souvent dominants

Il passe en revue différents types d'accompagnements : la musique, le scolaire avec une notion péjorative incluse qui différencie normal et pathologique ; le sport avec un rapport de toute puissance ; la formation professionnelle, avec un rappel de la filiation avec les rites du compagnonnage, le rapport au maître ; le domaine médical révélateur des ambiguïtés du processus d'accompagnement qui devient ici véritablement professionnel, mais avec froideur et de nouveau un aspect péjoratif de repère entre le normal et le pathologique. Pour être complet, Jacques ARDOINO alimente cette panoplie avec des termes voisins comme le coaching, le consulting et le mot tuteur que l’on trouve dans les établissements de l’Éducation Nationale et de la formation professionnelle. D’autres exemples sont présentés, il y a dans toutes ces pratiques une inégalité plus ou moins forte entre les deux parties, le maître, tuteur, soignant, qui possède la connaissance et le pouvoir.


Du sens, des valeurs

Jacques ARDOINO demande au professionnel de s’interroger profondément sur l’action qu’il va entreprendre.
« Ce que nous appelons, ici, démarche d'accompagnement est constituée d'un ensemble de comportements et de conduites, étayés par des savoirs théoriques et pratiques, constituant un type de professionnalité, aux fins d'une évolution des relations intersubjectives qui en constituent justement la matière et partant une ré-interrogation des opinions, des croyances, des représentations, des attitudes qui expriment les systèmes de valeurs concernés. »


Il nous interpelle sur la réflexion avant l’action, sur un savoir qui ne laisse rien au hasard, au cela va de soi, il montre le chemin pour une exigence éthique, seule garante des valeurs qui seront au cœur des relations avec un autre, devenu sujet.
« L’intentionnalité même de l’accompagnement nous renvoie à une problématique plus générale de l’éducation et des pratiques pédagogiques, supposant elles-mêmes une théorie du sujet et des relations que chacun peut entretenir avec autrui. »


Il fait un lien entre autres entre l’historique de l’idée d’accompagnement et la révolution rogérienne comme son confrère Michel LOBROT
« Le modèle dominant n’est plus alors celui d’une transmission voire d’une tradition, de savoir ou de savoir-faire mais en termes cette fois de savoir-être et devenir, de « provoquer » (ce qui laisse au conflit toute son importance), d’inciter, d’appeler le sujet (hors toute forme de manipulation) à élaborer en lui-même les représentations, les systèmes de valeur, les modes opératoires, qui s’avéreront nécessaires à sa relation au monde et à son action au sein de celui-ci. »


Ne pas guider ni conduire mais être à l’écoute, l’accompagné est capable de choisir où il veut aller et comment s’y prendre.


Une définition de l’accompagnement

Pour clore ce billet voici la définition de ce que doit être l’accompagnement tel que construit par Jacques ARDOINO :
« Nous définissons ici l’accompagnement comme un véritable paradigme structu-rant et éclairant les intentionnalités et les pratiques des éducateurs notamment, mais aussi bien de tous ceux qui se retrouvent impliqués dans une relation au monde et à autrui, en faisant la part, pour mieux les conjuguer ensuite, de l’universalité, de la particularité et de la singularité dans un procès proprement dialectique. »


Ce que nous venons de voir, donne les « grands » principes d’une action d’accompagnement, cela me semble être la base, le centre de la réflexion qu’il faut avoir sur cette pratique.

03.07.2005

Des exclus de l'école dérangent

Voici une brève introduction à l'une de mes préocupations, qui est aussi en partie mon activité professionnelle. Régulièrement je reviendrais sur ce sujet qui touche notamment un élément fondamental de notre société : la reconnaissance pleine et entière de chacun de ses membres.


La pratique de l’accompagnement d’apprentis stigmatisés en milieu ordinaire est source de découvertes surprenantes! Les jeunes sont jeunes ; les adultes ont les représentations de leurs mondes ; l’élite organise ces mondes à son image ; les intermédiaires défendent leurs acquis ; les faibles, les pauvres, subissent et parfois réagissent, le plus souvent au détriment de leurs pairs. Spectacle de la misère du monde, société, cité, dont le salut serait compromis par abus de la transmission à l’héritier, la race d’or.a


Soudain, sortis d’un ailleurs, des jeunes, avec un statut de salarié que leur passé semblait mettre hors de leur destinée, réussissent en digérant un à un les obstacles rencontrés, ils s’adaptent. Les remarques fusent :
« s’il réussit comme cela c’est qu’il doit y avoir une erreur d’évaluation » ; « ils n’ont rien à faire là, ils prennent la place de ceux qui en ont besoin » ; « avec lui on s’est bien trompé » ; « le niveau a bien baissé » ; « l’apprentissage, c’est plus ce que c’était » ; « on donne le diplôme maintenant ».


Face à ces expressions de sens commun, sans doute dictées par des représentations ancrées profondément, j’adopte comme Pierre Bourdieu ce précept spinoziste : ne pas déplorer, ne pas rire, ne pas détester, mais comprendre.